Page d'accueil | Plan du site | Espace abonné     
Accueil  /  Travaux en cours  /  Thématiques  /  EDUCATION, CULTURE, SPORT E...  /  DOSSIER "LA CULTURE DANS LA... Imprimer la page
  Thématiques






Rechercher
Mot-clé
 

DOSSIER "LA CULTURE DANS LA CAMPAGNE PRESIDENTIELLE" - FEVRIER 2007 - Dernière mise à jour le : 23 février 2007 16:00:41

è    Dossier : « La culture dans la campagne présidentielle »

 

Lorsque le quotidien Le Monde a posé la question à l’économiste Patrick Artus sur les programmes des candidats en matière d’éducation, il répondait : «  Aucun des deux (programmes) ne s'intéresse sérieusement à l'université ou à l'école. 100 000 jeunes quittent l'université sans diplôme et 100000 autres en sortent avec un diplôme qui ne permet pas de trouver un emploi. C'est une proportion énorme, plus de 40 % des entrants à l'université. Qui dénonce ce massacre ? Qui parle du contenu de l'enseignement au collège et au lycée ? Qui aborde la question de l'évaluation des enseignants ou celle de l'organisation de la recherche ? Personne ». Il aurait sans doute pu faire le même constat sur la culture qui n’a pas été, loin s’en faut, au cœur de la campagne de 2001 au centre du débat politique. Plus jamais ça ? Les partis politiques tentent de tenir des discours sur le sujet. Revue de presse non exhaustive  pour le Flash Département.

 

REVUE DE PRESSE

 

La culture ? une exception dans la campagne ?[1]

À quelques semaines des élections, les propositions sont discrètes à défaut d’être novatrices. Tour d’horizon de quelques-unes d’entre elles parmi les plus marquantes.

De la gauche à la droite, en passant par le centre, tout le monde s’accorde sur le constat. La politique culturelle s’est construite, dans la deuxième moitié du XXe siècle, sur l’élan impulsé par le Conseil national de la Résistance qui a permis aux Jean Vilar, Jeanne Laurent, André Malraux et jusqu’à Jack Lang de construire une politique culturelle unique et exceptionnelle. Décentralisation, démocratisation culturelle, éducation populaire et artistique, aide à la création pour le spectacle vivant et création du CNC pour le cinéma, aides à l’édition ont été les moteurs essentiels pour favoriser d’un côté la création tous azimuts et, d’autre part, la recherche de nouveaux publics.

Depuis une dizaine d’années, la machine s’essouffle, doucement mais sûrement. La décentralisation rime avec désengagement de l’État. Le formatage des oeuvres, qu’elles soient télévisuelles, cinématographiques, théâtrales ou littéraires, est la règle imposée par les producteurs. L’éducation artistique est devenue le parent pauvre de l’éducation nationale. Le public est là pour remplir les salles et non pour découvrir une oeuvre. Les artistes, depuis la réforme de l’intermittence, sont considérés comme la variable d’ajustement lorsqu’il faut faire des économies. Dans ce même ordre d’idées, les musées se doivent d’être rentables. Mais aussi les théâtres, le cinéma et l’édition se doivent d’être rentables. Doucement mais sûrement, les politiques initiées par les derniers ministres de la Culture ont introduit le concept du tout mécénat (ou du partenariat, ça fait plus chic que sponsoring). Internet est à la fois brandi comme la modernité absolue (circulation des oeuvres, liberté de création) et comme un épouvantail (fins des droits d’auteur, marchandisation à outrance des oeuvres).

« Pourquoi les politiques se séparent-ils de tout engagement culturel ? » s’interrogeait la metteur en scène Julie Brochen l’autre soir à Aubervilliers. « Convainquez-nous que vous allez agir ! » poursuit ce même soir le cinéaste Jacob Berger. « J’ai besoin d’actes », ajoutait le réalisateur et auteur de Camarades François Luciani. S’agit-il pour autant de se lancer dans une surenchère de propositions du genre le programme commun de la culture qu’il vous faut en x propositions ou de redéfinir à partir du réel, c’est-à-dire de cette formidable aventure qui a prévalu pendant un demi-siècle et du défi à relever pour les cinquante ans à venir, une politique culturelle audacieuse qui se préoccupe des artistes, des oeuvres, de leur circulation et du public ?

À écouter distraitement les hommes et les femmes politiques, on peut avoir le sentiment que tous s’accordent à peu près sur l’idée que la culture doit être au coeur de tout projet de société. À lire attentivement, on mesure qu’il y a des différences notoires que l’oecuménisme de certains parvient mal à cacher. Ainsi à l’UMP et à l’UDF, l’idée de rentabilité, de désengagement de l’État et de privatisation constitue le socle de leurs propositions. CONSACRER 1 % DU PNB À LA CULTURE Cela est plus ou moins avoué, ou alors à demi-mots. Que François Bayrou ne trouve rien à redire à l’opération Abu Dhabi du Louvre, c’est son droit le plus strict. Qu’il fasse mine de s’indigner, en revanche, que le Louvre préfère garder dans ses caves des trésors plutôt que de les faire circuler dans les musées de province, c’est curieux. C’est ignorer que, jusqu’ici, il y a eu une politique d’acquisition et de circulation des oeuvres entre les musées dans le pays. Jouer la carte du provincialisme pour quelqu’un qui invoque l’Europe à tout bout de champ, laisse rêveur. Cela signifie aussi qu’une politique de droite et une politique de gauche ne sont pas de même essence et n’ont pas les mêmes objectifs. Car c’est aussi et avant tout une priorité qui se traduit par une volonté politique et des moyens. À l’heure où il est de bon ton de chiffrer à tout bout de champ les programmes et les propositions, personne, à l’exception de Marie-George Buffet, ne propose de consacrer 1 % du PNB à la culture. Comme si, devant ce silence, personne n’osait avouer qu’une politique culturelle a un coût. Et un retour sur investissement qui n’est pas palpable : la culture, avant de s’adresser au porte-monnaie, s’adresse à l’intime, à la pensée, elle a pour ambition de former des êtres libres. Le Parti socialiste s’est contenté de deux propositions pour faire de la culture, « le levier de la réussite scolaire  » et de « soutenir la création et l’emploi culturels ». C’est peu et c’est inquiétant. Car la culture n’est pas un supplément d’âme. Elle ne peut être maintenue à l’écart de cette élection. Elle est un enjeu majeur de civilisation[2].

 

À l’UMP, l’appel aux financements privés[3]

Le document adopté lors de la Convention culture de la formation majoritaire indique les orientations du candidat Sarkozy. Décryptage.

Le 26 janvier 2006, l’UMP réunissait une convention sur la culture préparée par Renaud Donnedieu de Vabres, l’actuel ministre de la Culture et de la Communication et l’élue de Paris, Françoise de Panafieu. Sous le titre l’Heure du nouveau souffle, un document de synthèse y était élaboré, résultat d’un réel travail de groupe, dressant d’abord le constat des politiques culturelles menées depuis des années, de leurs avancées comme de leurs insuffisances. Constat le plus souvent pertinent. Au chapitre des propositions, il fallait y noter l’insistance mise sur les financements privés de la culture et le mécénat, comme la critique portée sur les équipements culturels qui n’auraient pas trouvé leur public, ce qui appellerait à une redistribution des moyens vers les publics et des actions spécifiques, non définies. Une perspective assez inquiétante quand il est aussi question dans la même partie de « restaurer les marges budgétaires qui font désormais défaut en limitant progressivement la part des crédits de fonctionnement de l’administration ». Soit donc, si l’on décrypte, des équipements culturels trop nombreux, trop coûteux et trop de personnel. Mais si cette synthèse de 56 pages restait toutefois modérée, c’est dans le discours final de Nicolas Sarkozy, qui n’était pas encore le candidat déclaré que s’énonçaient plus clairement un certain nombre d’objectifs. « Fixons des obligations de résultat aux établissements culturel en matière de mécénat », déclarait-il en valorisant très fortement les financements privés, bien plus que ne le faisait le document évoqué ci-dessus. Là où ce même document se félicitait de l’indépendance du ministère de la Culture qui lui avait permis, depuis André Malraux, de mener une vraie politique, Nicolas Sarkozy proposait, à l’inverse de regrouper la direction des médias, de la Culture et de l’Éducation nationale sous l’égide d’un seul ministère. Concernant la création, le ministre de l’Intérieur se livrait à une critique à peine voilée de la création contemporaine : « Admettons toutefois que le modernisme et la nouveauté ne sont pas les seuls critères de l’esthétique, que l’on est allés trop loin dans certains domaines. » Enfin, après une charge contre les dépenses de fonctionnement du ministère, il évoquait la question du régime d’assurance chômage des intermittents sans autre perspective que celle de faire adopter par le Parlement un régime « pérenne ». Promesse non tenue puisque le groupe UMP à l’Assemblée s’est évertué à faire capoter la loi à l’automne dernier.

François Bayrou, l’art de dire tout et son contraire[4]

Lors d’un colloque, samedi 17/02/07, le candidat de l’UDF a laissé entrevoir un peu de son projet culturel.

« Il s’agit d’aller à la pêche aux bonnes idées plutôt qu’à la pêche aux voix », dit le plus sérieusement du monde Jean-Marie Cavada, député européen, ancien patron de Radio France. L’UDF a donc convoqué quelques-uns des acteurs de la culture selon son credo habituel - ni gauche ni droite - se posant ainsi comme le rassembleur de toutes les bonnes volontés sur ce sujet comme sur le reste. « La culture ne peut se résumer à ce qui est marchand  », explique le candidat centriste dans ses conclusions, faisant sienne la profession de foi de la gauche antilibérale : « La culture n’est pas une marchandise. » On dresse l’oreille. « Tout n’est pas marchand et tout n’est pas État », poursuit-il. Qu’entend-il par le « tout-État » ? Parle-t-il des politiques d’aide à la création, au spectacle vivant ? De l’éducation artistique ? Du patrimoine ? Réponses centristes. Sur le patrimoine, « les dettes de l’État pour son entretien et sa rénovation pèsent lourd. Beaucoup de monuments sont en perdition ». Solution : enclencher une « démarche de fondations en la matière ». Sur l’aide et le soutien à la création, « le mécénat est à développer », notamment « le mécénat de l’État vers les créateurs  ». Qu’entend donc François Bayrou par « mécénat d’État » ? Quant à l’éducation artistique, « ce serait un progrès social de transmettre aux enfants les outils pour comprendre la musique, etc. Mais ça coûte cher et on n’a pas l’argent. Il faut donc imaginer d’autres chemins ». Lesquels  ? Les intermittents, qui « entre deux tournages, deux spectacles » vivent grâce aux ASSEDICS, pourraient intervenir en milieu scolaire. M.Bayrou découvrirait-il la lune ? Sur les 507 heures nécessaires pour ouvrir les droits aux ASSEDICS, un certain nombre peut provenir d’heures d’enseignement. Cette disposition existe donc, elle se fait sur la base du volontariat. Elle soulève beaucoup plus de questions qu’elle n’apporte de réponses sur la place de l’éducation artistique en milieu scolaire, parent pauvre et sans cesse appauvri fautes de moyens et d’ambition politique en la matière. Quant aux liens entre artistes et enseignants, quant à la formation des enseignants, ce genre de questions ne semble pas avoir effleuré l’esprit de M. Bayrou. Qui préfère enfoncer des portes ouvertes, fort d’un constat consensuel sur la nécessité de mettre la politique au coeur du projet de société. Ainsi, fidèle à la parole donnée, François Bayrou s’engage, s’il est élu président, à faire voter la proposition de loi-cadre sur l’intermittence. Pour ajouter aussitôt : « L’intermittence n’est pas une action sociale, c’est la forme la plus élaborée d’aide à la production. Elle vise à alléger les coûts de production qui jouent avec les règles de l’intermittence. C’est inacceptable ! L’UNEDIC n’est pas le mécène de la culture française. » Et de poursuivre, plus loin : « On a vécu avec l’idée qu’il n’y avait qu’un référent : l’État. Il faut ouvrir une nouvelle époque. Un certain nombre d’actions de service public peuvent être suscitées par l’État mais pas forcément conduites par l’État ». Moins d’État, plus de fondations, plus de mécénat, cela ne s’appelle-t-il pas le libéralisme ?

 

Le livre, l’édition et la librairie[5]

Tour d’horizon, non exhaustif, des problématiques liées à l’édition.

Parmi les enjeux d’un prochain quinquennat, ceux du livre sont rarement mis au premier plan. Pourtant, sa situation est préoccupante. Hormis la BD et la littérature de jeunesse, cette branche, économiquement parlant, stagne. De nombreux petits éditeurs cessent leur activité ou passent dans l’escarcelle des « grands ». Ceux-ci perdent peu à peu leur indépendance, se vendent à des groupes multimédias où à des fonds d’investissement. L’affaire VUP - Editis ne semble pas avoir inspiré les candidats au-delà des grands principes (cependant, la délibération cadre adoptée par la région Île de France est exemplaire, comme celle de Poitou-Charentes, toutes deux inspirées par des vice-présidents communistes). Il est donc urgent d’intervenir sur tous les éléments de la chaîne du livre, avec un travail prioritaire en direction des maillons les plus fragiles. La diffusion et distribution : élaborer et soutenir des structures efficaces, adaptées aux spécificités de ce segment, et surtout économiquement accessibles. La librairie : maîtrise des coûts fonciers en centre ville, aide à la constitution de fonds, soutien aux opérations d’animation des librairies « de création » Les écrivains : une mise à plat du statut de l’auteur, de sa protection sociale, de ses périodes non rémunérées, de sa fiscalité est indispensable. Elle doit comprendre une réflexion sur la rémunération des interventions de l’auteur dans les manifestations littéraires. La question de sa présence à l’école et à l’université et des moyens de la financer est cruciale. Les mutations technologiques. La question de l’impact est posée : protection des droits d’auteur, (notamment avec le développement d’initiatives telles que « Google Print », conséquences des nouvelles générations de livres électroniques sur la librairie et l’édition.

Journée de dialogue avec le monde de la culture organisée par l'UDF[6].

La journée a commencé par quelques coups de fil de désistement, venant d'artistes soutenant habituellement le PS. Annoncés au programme de la "journée de dialogue avec le monde de la culture" organisée par l'UDF au Sénat, samedi 17 février, l'écrivain Jorge Semprun et le comédien Pierre Arditi, entre autres, se sont excusés. "Certains nous ont dit qu'ils n'avaient pu résister à d'amicales pressions", a ironisé François Bayrou, tout vêtu de noir. Bernard Latarjet, ancien président de la Grande Halle et du Parc de la Villette, ancien conseiller de Jack Lang, puis de François Mitterrand, est venu "par simple amitié pour Claire Gibault", députée européenne UDF, a-t-il tenu à indiquer. "Mais je reste fidèle au PS pour qui je continuerai de voter." Quant à la dizaine d'artistes présents, dont le comédien Robin Renucci et la pianiste Anne Queffélec, "nous les avons invités pour les entendre et non pour les enrôler", s'est amusé le candidat. Un PS fébrile, une salle archicomble... M. Bayrou ne pouvait rêver meilleur scénario pour dévoiler sa "nouvelle politique culturelle". Pour commencer, quelques phrases qui font du bien au coeur des artistes. "Le sujet culturel, nous avons souhaité qu'il devienne un sujet principal." Ou encore : "La culture est au coeur de notre projet de société." Mieux, le candidat a proposé la tenue d'"états généraux de la culture". Refusant de faire des promesses chiffrées, "intenables", il a défendu l'idée d'un "Etat mécène" pour soutenir la création, ou celle de "fondations" pour compléter le financement du patrimoine. Sur l'éducation artistique, il a raconté son histoire. "Je suis né dans un milieu sans musique. Quand il y avait de la musique à la radio, mon père tournait le bouton. Sans doute n'avait-il pas d'oreille et la génétique a fait son oeuvre", a-t-il souri. Il s'est engagé à "faire adopter" la proposition de loi sur l'assurance-chômage des intermittents du spectacle, qui leur est plus favorable, comme point de départ d'une refonte du système. "On ne peut pas considérer l'Unedic comme le mécène de la culture française", a souligné M. Bayrou. "On a voulu passer en force, on s'est gravement trompé", a-t-il ajouté à propos de la loi relative au droit d'auteur et au téléchargement d'oeuvres sur Internet. Sur la mondialisation des musées, il s'est démarqué du PS et de l'UMP : "J'aimerais bien que le Louvre s'exporte en direction des musées de province qui n'ont pas les collections nécessaires." "Je ne suis pas encore prêt à voter Bayrou...", a réagi un responsable de la culture, déçu. Jean-Marc Adolphe, rédacteur en chef de Mouvement, revue dédiée aux arts vivants, s'y apprête. "J'ai décidé de voter Bayrou, pas UDF. Ma famille est communiste. Et je reste profondément de gauche", a-t-il indiqué, après avoir donné ses coordonnées au candidat.

 

La culture ne fait toujours pas l'objet d'un débat national[7].

Il y a deux mois, artistes et professionnels du spectacle s'inquiétaient de la faiblesse des propositions culturelles des candidats à la présidentielle (Le Monde du 1er décembre 2006). A neuf semaines du premier tour de l'élection, l'inquiétude a cédé la place au désarroi. La culture ne fait toujours pas l'objet d'un débat national. Et le silence des candidats devient pesant Comme pour combler ce vide, les initiatives se multiplient : appel, débats, lettre aux candidats... Afin de "replacer la culture dans les débats de l'élection présidentielle", la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) vient de créer un site qui présente le programme des partis, permet aux internautes de donner leur avis sur telle proposition et liste les principaux rendez-vous à venir. Dès l'automne 2006, la revue culturelle Cassandre lançait un appel aux candidats, constatant "l'absence de véritable projet culturel" dans les différents partis. Quelque 1 100 personnes ont signé la pétition : la philosophe Marie-José Mondzain, le sociologue Patrick Champagne, disciple de Pierre Bourdieu, des directeurs de théâtres, de simples citoyens, avec un profil "gauche de la gauche". Ce buzz parviendra-t-il à inverser la tendance ? On est loin de la situation qu'appelait de ses voeux Jacques Chirac, pas plus tard que le 31 janvier, lors de la célébration du trentième anniversaire du Centre Pompidou, à Paris : "Dans le débat (présidentiel) qui s'ouvre, il faut parler beaucoup de culture. Car la France ne serait pas la France sans une grande ambition culturelle", déclarait le président de la République, avant d'ajouter : "Soyons fiers de notre modèle (...) Les enjeux sont immenses, et le combat toujours à livrer pour que la culture ne soit pas abandonnée aux seules forces du marché." Selon le chef de l'Etat, il appartient "d'abord à l'Etat" de "faire preuve d'audace et de ne pas hésiter à investir pour l'avenir".

L'audace, on la cherche... Sur les cent propositions du pacte présidentiel de Ségolène Royal (PS), deux seulement concernent "la culture, levier de la réussite scolaire" : il s'agit de "soutenir la création et l'emploi culturels", et d'"inscrire l'éducation artistique et la pratique artistique à tous les niveaux de la maternelle à l'université". Le parti de Nicolas Sarkozy retient également deux propositions culturelles parmi ses "92 priorités" : la mise en ligne des oeuvres tombées dans le domaine public et la "gratuité totale dans les musées nationaux". Chacun prévoit, "dans le mois à venir", son rendez-vous culturel de la campagne. François Bayrou (UDF) "dévoilera quelques mesures" lors de la journée de "dialogue avec les acteurs du monde de la culture", samedi 17 février, au Sénat. Le parti communiste, lui, propose de consacrer 1 % du PIB à la culture, via une loi de programmation budgétaire. Etc. "Le débat actuel n'est pas une fête intellectuelle... Mais la politique de Malraux ne figurait pas dans un programme", tempère le chercheur au CNRS Philippe Teillet, qui a rédigé une synthèse des propositions dans la revue de l'Observatoire des politiques culturelles (Articuler la culture à un projet de société, n° 31). Donc, rien n'est joué. Au-delà des déclarations, les entourages des candidats travaillent dans l'ombre, ouvrent des pistes, espèrent qu'elles seront suivies. D'où vient, quand même, ce désintérêt apparent ? Est-ce l'absence de marges de manoeuvre en matière culturelle ? "Le poids des institutions nationales et souvent parisiennes sur le budget de l'Etat est tel que ses capacités d'interventions sont quasi-inexistantes. A quoi bon imaginer l'avenir quand ce qui attend les futurs ministres est avant tout la gestion du passé ?", s'interroge Philippe Teillet. Ou bien les candidats hésitent-ils à aborder des sujets qui divisent la profession ? La décentralisation culturelle, par exemple. Alors que les collectivités locales financent les deux tiers des dépenses culturelles, ne faut-il pas redistribuer les cartes et clarifier les relations entre l'Etat, les régions, les départements, les villes ? Car, paradoxalement, jamais les enjeux culturels n'ont semblé aussi essentiels : le droit d'auteur et le téléchargement d'oeuvres sur Internet, la diversité culturelle, le financement de la culture (privé, public...), les difficultés du cinéma d'auteur, le rayonnement des artistes français à l'étranger. Ou encore le rôle de l'éducation artistique, qui fera l'objet d'un débat, au Théâtre de la Colline, à Paris, le 15 mars. "C'est toujours en bonne place dans les projets politiques, mais toujours de manière fumeuse", constate Jean-Pierre Loriol, président de l'Association nationale de recherche et d'action théâtrale, un des initiateurs de la rencontre. Des questions autrefois taboues ont émergé, au lendemain de la crise des intermittents du spectacle, plus particulièrement autour du spectacle vivant : qui doit financer l'emploi culturel, comment résoudre le déséquilibre entre une offre de spectacles qui ne cesse d'augmenter et un public qui n'est pas toujours au rendez-vous ? Certains vont jusqu'à se demander : n'y a-t-il pas trop d'artistes ? "Il ne faut pas avoir peur d'aborder toutes les questions. En revanche, la remise à plat n'est pas sans risque, celui d'une tentation libérale. Refonder, c'est au contraire affirmer une ambition nationale", plaide Francis Peduzzi, nouveau président du Syndeac (Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles). Sa lettre aux candidats, envoyée le 6 décembre 2006, a reçu quelques réponses - celles de François Bayrou (UDF), d'Arlette Laguiller (LO), de Ségolène Royal (PS) et de Dominique Voynet (Verts). "Je ne sais pas s'il faut parler de silence, tempère-t-il, donc. En 1995 et en 2002, la culture ne suscitait pas plus de débat. Sauf qu'à l'époque nous n'étions pas confrontés à la même urgence. Aujourd'hui, on arrive à une fin de cycle, l'après-Malraux, l'après-Lang." Surtout, il observe "une souffrance" chez les artistes. Comme s'ils se sentaient moins considérés que par le passé. Comme si, au-delà des annonces, le monde de la culture attendait une parole symbolique.

Quid du ministère de la culture avec l’UMP[8] ?

S'il est élu, Nicolas Sarkozy supprimera-t-il le ministère de la culture ? En janvier 2006, lors de sa convention culture, l'UMP annonçait son intention de créer un grand ministère de l'éducation et de la culture. "Aucun changement majeur n'interviendra dans le domaine de l'éducation artistique tant que les deux ministères seront séparés", argumentait le document de synthèse. A ceux qui s'inquiétaient de la disparition d'un ministère à part entière, l'UMP brandissait le précédent Jack Lang, ministre de l'éducation et de la culture en 1992 et 1993. Mais personne ne pouvait soupçonner Jack Lang de vouloir brader le budget de la culture. Le parti de Nicolas Sarkozy a vite compris que ses velléités de resserrement du gouvernement allaient provoquer un vif émoi dans les milieux culturels. Le parti de Nicolas Sarkozy a donc commencé par supprimer la mesure de la liste de ses propositions culturelles. Mais, en décembre 2006, Françoise de Panafieu, déléguée UMP à la culture, estimait encore que, "avec 15 ministres", la fusion entre les deux ministères "irait de soi" (Le Monde du 1er décembre 2006). L'incendie a donc continué de prospérer. Renaud Donnedieu de Vabres a été invité à enfiler son casque de pompier. Lors de ses voeux à la presse, le ministre de la culture a "tenu à confirmer" que, après s'en être entretenu avec Nicolas Sarkozy, il était en mesure d'annoncer que "la nécessité de renforcer les liens entre la culture et l'éducation nationale implique un renforcement du ministère de la culture, qu'il n'est pas question de supprimer". Restait à trouver un habillage. Corriger sans abandonner. Interrogé par Le Monde, l'entourage de Nicolas Sarkozy a dévoilé, mardi 13 février, l'architecture finale : "Un pôle éducation-culture avec deux ministres de plein exercice."

Aubervilliers, éphémère centre du monde Culturel[9]

La grande salle du Théâtre de la Commune d'Aubervilliers est pleine, les 400 places déjà louées depuis une semaine. Ce lundi 12 février, le programme n'a pourtant rien de franchement distrayant. Sur la scène, Didier Bezace, le directeur, ne joue que son propre rôle : celui d'un artiste "effrayé par le lourd silence qui entoure les enjeux de la création dans cette élection présidentielle". Autour de lui, "des compagnons, des camarades".

Metteurs en scène, cinéastes, écrivains, ils sont venus interpeller les responsables politiques présents dans la salle. "Nous avons invité tous les partis républicains. Je dois vous transmettre les excuses de certains d'entre eux." Manière de constater qu'en l'absence de l'UMP et de l'UDF, la gauche et le monde de la culture parleront entre eux. Combler le fossé entre ces deux-là apparaît une tâche déjà sérieuse. Crise de l'intermittence, de la diffusion du spectacle vivant, du service public audiovisuel, du cinéma d'auteur : "Nous sommes à l'aube d'un immense bouleversement, convainquez-nous que vous allez agir", résume le réalisateur Jacob Berger. Rendu public la veille, le projet de Ségolène Royal et ses deux propositions culturelles font sourire, ou désespèrent. La cinéaste Jeanne Labrune : "Je ne comprends pas ce que vous proposez, quel est votre programme." La metteuse en scène Julie Brochen : "J'ai besoin de retrouver une conviction de vote. Est-ce que le développement culturel est un progrès ou un détail ?" Le chorégraphe François Verret ose un rêve : "Est-il possible que les critères quantitatifs d'évaluation artistique ne soient plus de la partie ?" L'acteur Philippe Torreton cherche la lumière : "Comment donner aux spectacles le temps d'exister et au public le temps de les voir ?" Le réalisateur de télévision François Luciani veut du concret : "Qui peut s'engager à supprimer la publicité des chaînes de service public ?" Au nom de José Bové, Marie-George Buffet et Dominique Voynet, communistes et Verts s'y engagent. Mais chacun sent bien que l'enjeu est ailleurs. Chez "M. Narkozy", comme dit M. Torreton. Ou juste à côté, assis au 2e rang... Jacques Renard, délégué culture du PS, avance quelques grands principes. Aurélie Filipetti, du cabinet de Ségolène Royal, brandit la "diversité" et promet des "états généraux du numérique". Applaudissements timides. Et l'on repense à Jeanne Labrune, qui s'inquiétait de cet "immense supermarché politique où l'on cache des niches culturelles entre les rayons de papier cul"...

Les candidats à la présidentielle nous parlent (enfin) de culture [10]

Patrimoine, création, rôle de l’école : sur l’essentiel, les candidats s’accordent. Mais ont-ils des projets singuliers ? Récit de six rencontres. Nous étions partis pour une très officielle série d’interviews des candidats à la présidentielle. Et puis il y a eu cet entretien détonnant avec Jean-Marie Le Pen dans sa maison de Montretout, cette rencontre avec Ségolène Royal dans son bureau de l’Assemblée nationale, qui vira aigre, tourna court... avant qu’elle ne revienne nous voir à Télérama. Ces mul­tiples désistements de François Bayrou. Et ce petit déjeuner survolté avec Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur... Des instantanés savoureux qui, nous a-t-il semblé, en disent autant sur les candidats que leur discours officiel.

Lundi 22 janvier. 14 heures. Marie-George Buffet

Siège du Parti communiste, l’immuable soucoupe de la place du Colonel-Fabien. Souriante, simple, mais quand même accompagnée de son attaché de presse, Marie-George Buffet explique pendant trois quarts d’heure que l’Etat – ça n’étonnera personne – doit donner plus d’argent aux artistes, ne pas laisser la culture aux mains des marchands, etc.

Mardi 23 janvier. 10h30. Jean-Marie Le Pen

Au fond d’un parc privé, un portail imposant, une maison cossue, des molosses et un jeune homme en costard qui vous emmène « dans le bureau du président ». Vue sur tout Paris, bric-à-brac de pin’s, bustes de Jeanne d’Arc et photos de bateaux…Sur la table, Au cœur de nos régions, de Jean-Pierre Pernaut, et un magné­tophone : « J’enregistre mes entretiens, ça m’a déjà permis de faire condamner des journalistes », explique Jean-Marie Le Pen, pantalon gris, chemise bleue et cravate à pois. Le candidat n’a pas spécialement préparé l’interview. Agir en matière de culture, dit-il, c’est avant tout protéger le patrimoine, apprendre le chant à l’école. Pour le reste, Internet, les droits d’auteur, les intermittents... il n’est pas très sûr de la ligne. La culture, il pratique. Mais pas le cinéma : « Trop dangereux : “ils” s‘appellent sur leurs portables et m’attendent à cinquante à la sortie. » Plutôt des films d’action à la télé, des émissions, « quand les filles ont de beaux seins et de longues jambes », et « des programmes sur les animaux ». L’art moderne, « Klein faisant rouler des femmes dans la peinture », ça le laisse aussi perplexe qu’hilare. Son truc, c’est plutôt le classique, « entre Beethoven et le rap, y a photo », et, si on en croit sa bibliothèque, l’histoire : les Waffen SS, les marines, l’Indochine... Sur sa platine, une version jazz de La Marseillaise. Dans sa discothèque, des dizaines de 33 tours produits par son ancienne maison de disques. Beaucoup de musique militaire : « De manière inexplicable, ça me met les larmes aux yeux. » Et, surtout, Jean-Marie Le Pen connaît « plus de mille chansons ». Tellement content de nous les chanter, pendant ces deux heures, qu’il en oublie ses invités pour le déjeuner. En partant, il nous fait admirer, dans son salon, un portrait de lui en pied, chemise blanche bouffante et longues cuissardes, regardant le lointain (l’avenir ?) avec une longue-vue : « Moi, en corsaire. Pas mal, hein ? »

Même jour, à 14h30. Ségolène Royal, acte 1.

Assemblée nationale. Sur un bureau, un fascicule, « Réussir un débat participatif », une pile de livres d’où dépasse un Ushuaïa. La députée candidate arrive, sourire et maquillage forcés, façon plateau de télé : « C’est pour quoi ? Pour qui ? » S’inquiète : « Mais vous n’avez pas envoyé vos questions avant ? » Prévient : « Je n’ai pas beaucoup de temps, je dois me recueillir sur la dépouille de l’abbé Pierre. » Propose : « On m’a fait une note, je vais vous la donner. » Pas de chance, le journaliste veut son avis à elle, pas celui de ses conseillers. Son directeur de cabinet s’insurge : « Mais il y a trop de questions ! » Ségolène Royal arrache la feuille des mains de l’émissaire de Télérama : « De quoi avez-vous peur ? », proteste celui-ci. « Quand on est candidate à la présidence de la République, on n’a peur de rien », réplique-t-elle. Elle n’a pas peur, donc, mais pas de temps... « Revoyons-nous. » Serrage de mains. Sourire.

Mardi 30 janvier. 10h30. Dominique Voynet

Pour masquer les « horribles murs oranges » de son QG, dans l’Est parisien, la candidate a accroché des tableaux personnels et des photos de sa fille. Malade et affable, en pantalon et chaussettes avec petits chats, elle nous reçoit seule autour d’une table ronde, pot de fleurs et bloc de papier recyclable. Elle dit n’avoir pas eu le temps de regarder les notes de ses collaborateurs, mais aime les mangas, adore « David Lynch, Cassavetes et le Wenders des débuts », télécharge de la musique sur son iPod, regarde Six Feet under sur DVD, est abonnée à Télérama. Bref, la culture, ça l’intéresse. Réformer le système des intermittents, ne pas pénaliser le téléchargement sur Internet mais taxer les opérateurs, « éradiquer » la publicité des chaînes publiques... elle a plein d’idées. « Vous ne m’avez pas posé de questions sur la culture et l’Europe ? » Tiens, c’est vrai. Après deux heures d’entretien-fleuve, on lui demande les notes de ses conseillers. C’était pour rire. Mais elle accepte.

Vendredi 2 février. 11h45. Ségolène Royal, acte 2

Après le premier entretien, la rumeur a fait le tour de Paris. Et prend des dimensions grotesques. On entend que « Ségolène a déchiré les notes » du journaliste de Télérama. Mieux : « elle l’a giflé ! » Il nous revient aussi que Sarkozy et Bayrou ont réussi leurs interviews, ce qui nous fait plaisir, vu que nous ne sommes pas encore parvenus à les rencontrer.

Les collaborateurs de Ségolène Royal ont demandé une seconde chance. La candidate arrive à la rédac­tion de Télérama avec deux voitures, une poignée de collaborateurs, une veste rose bonbon, le même maquillage « télé » que la première fois et son sourire. Fait consciencieusement le tour des bureaux, serre toutes les mains, s’assoit, tendue. « Je n’ai pas forcément réponse à tout », prévient-elle. Elle n’ouvre pas le dossier vert posé devant elle pour parler de sa priorité : la démocratisation de l’accès à la culture, « qui empêche le repli sur soi, le racisme, les violences ». Développer la pratique artistique à l’école, décentraliser, instaurer la gratuité des musées... Et tout ça ne coûte pas cher « puisque la culture produit de la valeur ajoutée, économique, sociale, environnementale ». La candidate s’applique à articuler, n’aime pas qu’on l’interrompe, bloque d’un coup quand on aborde ses goûts culturels. Elle regarde ses conseillers : « je ne sais pas si j’ai envie de répondre sur mes pratiques personnelles. Je ne veux pas d’exhibitionnisme. » On lui dit qu’elle accepte bien de poser dans Paris Match. « Les photos, c’est moins intime. Je suis candidate, ma parole a du poids. Je vais réfléchir. » Elle se lève. Ne demande pas de relire ses déclarations. Dans la rue, les lycéens, avec leurs téléphones portables, photographient son sourire.

Samedi 3 février. 8 heures. Nicolas Sarkozy

On devait se voir à son QG, ce sera au ministère de l’Intérieur, pour un petit déjeuner. C’est plus pratique : il habite sur place. Il arrive frais rasé, dans le salon avec vue sur jardin, veste bleue, pantalon gris, chemise blanche ouverte, chaîne en or avec croix. Survolté, déjà. Il balance ses idées à la mitraillette ­– veut plus de culture à la télé, plus de privé dans la culture, de vrais campus pour ­chaque université –, beurre sa tartine, gigote sur sa chaise, apostrophe ses collaborateurs, avale un Advil, nous ­coupe, nous attrape le bras, boit son café, s’enthousiasme... On lui dit que ça va coûter cher, tout ça. « C’est la médiocrité qui coûte cher, le renon­cement ! » Il a réponse à tout, il démontre tout : « La chanson est un art majeur, et je vais vous le prouver. » La chanson, sa passion : Johnny, bien sûr, « quarante ans de bonheur », mais aussi « les Québécois : Céline Dion, Garou... », mais aussi, « je vais vous étonner », Raphaël, Corneille : « Quand il chante, on sent que ça vient vraiment de loin. » Côté littérature, il aime Louis Ferdinand Céline et Albert Cohen, vient de lire Les Bienveillantes, de Jonathan Littell. Entièrement ? « Jusqu’à la dernière ligne, et ça m’a donné envie de lire ­Kaputt » (de Malaparte). On y croit à moitié. Piqué au vif, il saute sur son sac de voyage, fouille dans ses chaussettes et en ressort le livre, triomphant : « Ah ! ça, vous ne l’aviez prévu, hein ? », ­hilare, le pouce pointé vers le bas. Et toc. C’est l’heure. Un huissier apporte un mot ­urgent. « Je dois partir. » Il est déjà parti. Il relira, lui, ses citations (qu’il amendera à peine). « Et alors, avec ­Ségo, que s’est-il ­passé ? » souffle son responsable de communication.

Mardi 6 février. 12 heures. François Bayrou

Il a décommandé le rendez-vous deux fois. Nous aussi, une fois, ce qui l’a énervé : « Mais moi, je ne serai pas aussi mauvais que Ségolène Royal », a-t-il lancé bizarrement au ­télé­­phone, faisant sans doute référence à la rumeur... On s’est enfin retrouvé dans son QG de campagne, un hôtel particulier au cœur de Paris : odeur de peinture, décor résolument design, mobilier transparent, écran plat, tulipes et stylos orange : la couleur de sa campagne. De grandes photos du candidat, partout. Et lui, seul, ostensiblement force tranquille – et souriante –, prêt à nous donner « le temps qu’il faut » (ce sera une heure trente), en nous prévenant d’emblée qu’il voudra relire ses propos (il les modifiera très peu). Agrégé de lettres, auteur de livres d’histoire à succès, déclamateur occasionnel de Saint-John Perse et d’Aragon, explique être un « béotien » en matière de culture. Le Béarnais d’origine paysanne, candidat de la troisième voie, fustigeur de l’ordre installé, triture, pendant tout l’entretien, le fil du magnétophone et celui d’une même pensée : il faut repasser un contrat entre le monde culturel et la nation. La culture, kidnappée par un cercle d’initiés, doit être rendue « au peuple ». Un peuple qui l’a apparemment bien compris, vu les cadeaux qu’il lui envoie : dans son placard, deux beaux tracteurs miniatures.

Mercredi 7 février. 11 heures. Ségolène Royal, acte 3

Elle devait réfléchir. On a rappelé pour obtenir par fax ses goûts culturels : « Ça arrive... On attend encore un renseignement de quelqu’un. » De la candidate ? Le fax, intitulé « Emission Télérama », dévoile une pratique savamment dosée : la candidate a écouté Bach, mais aussi Diam’s. Elle a lu Victor Hugo, mais aussi Fred Vargas. Vu un spectacle de hip-hop, mais aussi un opéra. Ne déteste aucun ­livre, aime « tout le cinéma français », ne télécharge pas de ­musique et ne détruirait aucun monument si on lui en donnait la possibilité : « La fonction d’un ­pré­­­­­­si­dent de la République, c’est de se por­ter garant de la protec­tion du ­patrimoine historique et ­culturel. ».

 

è    La parole aux Candidats[11]

 

François Bayrou (UDF)


« Premièrement, le ministère de la Culture doit promouvoir une culture de peuple, je dis bien une culture de peuple et pas une culture de masse. Deuxièmement, il doit soutenir et rendre viable la création contemporaine. Quel est notre problème aujourd’hui ? C’est que la culture parle trop souvent exclusivement aux « cultureux ». D’une certaine manière, nous avons manqué le grand idéal tel qu’il avait été défini dans la seconde moitié du XXe siècle, lorsque la culture est devenue un objectif politique majeur pour la nation. Je crains que tout cela ne soit devenu une affaire d’initiés. Il nous faut repasser le contrat entre le monde culturel et la nation. Concrètement, ça mérite qu’on se repose les questions fondamentales, qu’on réfléchisse ensemble à l’articulation privé-public. Le mécénat d’Etat est très utile, mais il tend à devenir affaire de professionnels, et donc de réseaux. Ce sont toujours les mêmes qui décident, ce sont les mêmes liens, les mêmes solidarités. Au fond, c’est précisément l’un des aspects de la crise démocratique que je dénonce. Je serais très heureux, président de la République, d’inviter à s’asseoir autour de ma table le monde de la culture pour qu’on remette à plat le contrat, les obligations réciproques, le but qu’on cherche à atteindre. Cette séparation entre le monde culturel et la nation témoigne d’une crise de la société française. Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas tant d’éducation pédagogique que d’éducation populaire. Il y a, dans la vie, des choses qui ne sont pas marchandes. Il y a, dans les grands piliers qui forment la vie d’un peuple, du non-marchand. C’est pourquoi, par exemple, j’ai tellement soutenu le logiciel libre. Grosso modo, je pense que sur Internet, la logique marchande, nécessaire si l’on veut que les droits d’auteur soient respectés, et la logique d’une certaine gratuité, vont durablement coexister. Vous aurez des plates-formes de téléchargement payant moins chères qu’aujourd’hui – car aujourd’hui, il apparaît comme cher. Et vous aurez une logique plus coopérative, avec des gens qui consentiront à donner une contribution générique pour être dans l’univers des échanges. Si les petits cochons ne le mangent pas, Internet préfigure un nouveau modèle de développement pour l’humanité. »

 

Marie-George Buffet (PC)

« Ou bien on pense que la culture est une activité marchande – comme la droite et Patrick Le Lay, le président de TFI – et il faut laisser le marché s’en occuper, ou on considère qu’elle joue un rôle important dans l’épanouissement de l’individu et elle relève de l’intérêt général. L’Etat doit alors assurer à tous l’accès aux pratiques culturelles, et aux artistes la liberté de créer – c’est-à-dire un revenu qui leur permette de ne pas écrire, filmer ou jouer lorsque l’inspiration n’est pas là. Ce seront nos deux priorités. Je souhaite que le budget du ministère de la Culture soit relevé, jusqu’à 1 % du PIB et non plus seulement 1 % du budget. On va me dire “ On n’a pas les moyens, regardez le déficit public !”, et moi je réponds : faisons une réforme fiscale ! Il y a des domaines de l’activité humaine qui ne peuvent pas relever seulement des dividendes des actionnaires. L’information en fait partie, à l’instar de l’énergie. Peut-on imaginer un grand pôle public de télévision qui soit dirigé par les salariés eux-mêmes, leurs représentants syndicaux, les usagers et les élus, et éviter ainsi aussi bien la télé d’Alain Peyrefitte que celle de Lagardère ? Nous pensons que c’est possible. Tout comme il faut à la fois favoriser une large diffusion des œuvres – ce que permet Internet – et respecter les droits des auteurs sur leurs œuvres. Nous voulons créer des plates-formes publiques de téléchargement qui garantiront ces deux objectifs et seront financées par une taxe sur les serveurs privés. »

 

 

 

Jean-Marie Le Pen (Front National)

« Je ne suis pas sûr que l’Etat doive décréter ce qu’est l’art, le talent et le bon goût ! Sa mission est la préservation du patrimoine, et pas sa création. L’enseignement artistique à l’école est trop faible. Je regrette qu’il n’y ait pas une plus grande pratique des instruments et du chant, notamment en chorale. Nous sommes dans un monde de totale assistance. Sur la question des intermittents, on pourrait corriger certains abus. Aujourd’hui, les artistes écrivent des pièces, se les jouent eux-mêmes, et sont tristes quand ils sont les seuls à se regarder ! Pour Internet, il faut se garder de légiférer trop vite. Il faut laisser se stabiliser les modes de communication pour voir comment on peut efficacement défendre des intérêts légitimes. Je suis assez adversaire de la gratuité. Quand on a payé, on se sent plus engagé à profiter d’un spectacle. En ce qui concerne la télévision publique, il faut une chaîne d’Etat. Pour le reste, je suis partisan de la liberté. »

 

Ségolène Royal (Parti Socialiste)

« La culture est un droit fondamental de la personne humaine, autant qu’un facteur puissant de cohésion nationale. Démocratiser la culture reste ainsi la priorité, quelle qu’en soit la difficulté. C’est en élargissant l’accès à la culture que l’on peut lutter contre le repli sur soi, le racisme, les violences et la désespérance des cités, l’échec scolaire. Pour moi, tout se joue à l’école par l’éducation artistique. Je l’ai expérimenté dans ma Région – où nous avons doublé le budget des actions culturelles – en créant un poste d’animateur culturel dans chaque lycée, en y aménageant des salles de spectacle, en y invitant des musiciens, des troupes de théâtre. En commençant par les lycées professionnels, avec des artistes en résidence. C’est à l’école que l’on forme les futurs amateurs du spectacle vivant : franchir le seuil d’une salle de concert, d’une église romane, n’est pas évident… L’accès à la culture, c’est aussi un problème de prix. Les festivals de ma Région sont gratuits pour permettre au public populaire d’en profiter. De la même façon, les musées doivent être accessibles aux personnes les plus défavorisées. Regardez le succès du MAC/VAL, ce musée d’art contemporain en banlieue parisienne. Les gens sont venus parce que c’est près de chez eux et parce que c’est gratuit pour les plus jeunes et les plus démunis. C’est à l’Etat d’assumer ces grandes fonctions d’éducation à la culture, de développement du spectacle vivant, de protection du patrimoine. Il définit le cadre, les règles, assure le financement. Les Régions, quant à elles, doivent aider à l’émergence des talents et permettre que le public ne soit pas obligé de monter à Paris pour écouter un bon concert ou assister à un bon spectacle de théâtre. La question des intermittents du spectacle n’est pas réglée. Les socialistes se sont engagés à remettre à plat la législation. Le paradoxe, c’est qu’il y a à la fois trop d’intermittents et un déficit de l’accès à la culture. Peut-être pourrait-on définir des missions complémentaires des intermittents dans les établissements scolaires, les entreprises... La culture, on ne le sait pas assez, est un enjeu de développement économique. Elle crée des emplois, de la valeur ajoutée, du lien social. On l’a vu pendant les grèves des festivals : c’est toute l’économie d’une ville – les commerçants, les restaurants, les hôtels – qui était en difficulté. »

 

Nicolas Sarkozy (UMP)

« Le rôle de l’Etat en matière de culture est triple : d’abord, l’entretien et la mise en valeur du patrimoine – savez-vous qu’avec 4 milliards d’euros, en dix ans, on pourrait rendre sa splendeur à l’ensemble de notre patrimoine monumental, dont 490 monuments majeurs, en France ? C’est un défi qui vaut la peine, aussi parce que ces monuments génèrent un flux de touristes considérable. Deuxième rôle, l’enseignement artistique, et à travers lui la démocratisation culturelle. Et enfin, la création. Je considère légitime de la soutenir. Sans l’Etat, il n’y aurait pas le cinéma français tel qu’on le connaît aujourd’hui. Le poids politique du ministère de la Culture doit être élargi, pour que les arbitrages en matière d’éducation ne soient pas rendus au détriment de la culture. Je veux faire de l’enseignement artistique la clé de la démocratisation de la culture. Mais je suis pour la liberté pédagogique. Et dans un pays où il y a un million d’enseignants, je ne veux plus qu’on dise : l’éducation artistique, ce sera comme cela et pas autrement !

La démocratisation culturelle a échoué. 10 à 20 % seulement de la population française est destinataire de l’essentiel de la politique culturelle. Je souhaite que l’on donne à tous les enfants accès aux grandes œuvres de l’esprit. Mais attention, quand un enseignant demande à un enfant d’imaginer une autre fin au Cid, c’est dire à l’enfant qu’il peut se prendre pour Corneille, c’est le contraire d’une école de l’excellence. Peut-être est-ce un point de désaccord entre nous, mais selon moi l’idéologie de Mai 68 était organisée sur un concept : tout se vaut et chacun est l’égal de l’autre. Eh bien, non, pour moi, toutes les œuvres ne se valent pas. On n’a jamais eu autant de chaînes publiques et aussi peu de culture à l’écran. Lorsque j’étais enfant, il y avait Au théâtre ce soir. Y a-t-il du théâtre aujourd’hui sur nos grandes chaînes publiques ? Des concerts ? De vraies émissions littéraires ? On a des talk-shows sympathiques, mais des émissions sur la littérature ?Et si l’on parle d’Arte, j’aime bien Jérôme Clément, mais est-ce que c’est le rôle d’Arte de diffuser, à 20h50, Le Dernier Empereur ? Si vous mettez ce film sur Arte, qu’est-ce que vous mettez sur France 2 ? Pour moi, le service public, y compris France 2, doit viser à une politique éducative de l’excellence. Ne pas hésiter à faire de la contre-programmation, présenter des spectacles, des films qui ne sont pas sur les autres chaînes. Mais je ne suis pas pour l’augmentation de la redevance. Le problème de la politique culturelle dans notre pays, c’est la question des financements. Je suis favorable à des financements hybrides, avec des partenariats, du mécénat. »

 

Dominique Voynet (Les Verts)

« Quand j’entends les candidats rivaliser de promesses en matière culturelle, j’ai du mal à ne pas me souvenir de mon passage au gouvernement où, soyons réaliste, les discussions sur le budget de la culture n’étaient jamais aussi importantes que celles sur le budget de la défense. Qu’il représente 1 % du budget de l’Etat est évidemment un symbole, mais si l’essentiel de l’argent est utilisé pour rénover le patrimoine immobilier et l’acquisition d’œuvres, on n’a pas fait le boulot. Quelle part est réservée à la culture vivante, aux pratiques culturelles, à la culture pour tous et surtout de tous ? C’est quoi, l’exception culturelle à la française ? Des œuvres de prestige qui ont pour but d’être sélectionnées aux Oscars ou des créations plus intérieures, plus exigeantes ? Même nos fameux mécanismes censés aider la production artistique – telle l’avance sur recette pour le cinéma – ont des critères peu explicites. Et de plus en plus souvent l’équilibre économique d’un projet prend le pas sur l’exigence esthétique. Pour développer la création et surtout garantir la liberté de l’info, je suis ainsi favorable à la suppression de la pub sur les chaînes publiques ; elles seront financées par la redevance et un prélèvement sur les masses publicitaires investies dans les chaînes privées. Sinon, comment y parler librement du rôle de Total dans le naufrage de l’Erika, quand on sait le poids des pubs Total ? Je verrais bien aussi un collège d’usagers siéger au sein des chaînes publiques, comme au CSA. »

 

è    Point de vue

Le chercheur et universitaire Emmanuel Wallon [12] s’exprime dans Le Monde [13].

Le théâtre est-il en crise, aujourd'hui, en France ?

La crise et le déséquilibre sont consubstantiels au théâtre. C'est ce qui le met en position d'interpréter le monde, le rend sensible aux craquements, aux tensions, ce qui en fait une matrice de pensée et un lieu de démocratie. On y perçoit toujours les écarts entre les mots et le sens, entre les discours et les gestes, on y met en scène des conflits d'intérêts, le frottement des passions avec la raison. Cela ne peut se vivre sereinement. Quoique le système français, avec son vaste secteur public, paraisse plus sain et solide que chez plusieurs de nos voisins, le théâtre traverse indiscutablement une phase de trouble.

Quels sont les éléments de cette crise ?

On peut d'abord parler de crise esthétique face à de nouvelles articulations du réel et du virtuel. Celle-ci ne frappe pas que le théâtre, mais ayant en charge, plus que tout autre, le statut du spectateur, il prend ces questions de plein fouet. L'ébranlement des représentations tient aussi au moindre espace dont dispose le théâtre par rapport au cinéma, à la télévision et aux autres écrans. Sa rusticité lui confère sans doute des armes redoutables, mais il souffre qu'on ne le sache pas.

Et sur le plan économique ?

Les problèmes se sont avivés du fait de l'épuisement des ressources budgétaires, absorbées par l'entretien de l'existant. La moitié des moyens du ministère de la culture sont octroyés aux grandes institutions situées à Paris et aux alentours. Ce phénomène est encore plus patent dans le spectacle vivant, puisque quatre des cinq théâtres nationaux se trouvent à Paris, sans compter La Villette, l'Opéra de Paris, l'Opéra-Comique, l'Orchestre de Paris, la Cité de la musique et Pleyel, le projet de grand auditorium... Parmi les mesures nouvelles du budget 2007, environ 9 millions d'euros de crédits aboutissent dans les établissements nationaux, contre 3 à 4 millions de crédits déconcentrés en faveur des institutions de province ou des compagnies indépendantes. La marge de manoeuvre pour entretenir l'alternative, les réserves pour favoriser la relève sont donc très faibles.

Le secteur du spectacle ne subit-il pas aussi des difficultés propres ?

Comme cela fut théorisé dès les années 1960, à propos de Broadway, sous le nom de "loi de Baumol", le monde du spectacle ne bénéficie pas des gains de productivité ou des économies d'échelle que connaissent les autres branches. Il en résulte une inflation relative de ses frais de fonctionnement qui l'entraîne vers le déficit.

Cette charge que l'Etat ne pouvait supporter seul, les collectivités territoriales en ont assumé une part croissante. Après les communes et les départements, les régions et les intercommunalités ont récemment apporté de l'oxygène au système. Mais celles-ci approchent peu à peu de leurs limites. Quant à la troisième source de financement, capitale, la solidarité interprofessionnelle à travers l'allocation chômage pour les intermittents, son déficit est structurel. La carence de ressources qui touche l'ensemble des activités artistiques, le théâtre en premier lieu, ne trouvera d'issue que dans un pacte de dépense souscrit par la nation, gagé si possible sur des recettes nouvelles.

Y a-t-il trop de productions et trop d'artistes ?

L'offre de spectacles a explosé depuis trente ans, et la France s'est couverte de lieux pour les accueillir. Leur diffusion peine pourtant, car il est parfois plus aisé de bâtir un projet que de monter une tournée. Mais ce mal ne sera pas guéri par une saignée. Dans un credo libéral, il est tentant de dire que le marché reconnaîtra les siens. Or rien ne garantit que les oeuvres importantes résisteront le mieux, ni que les compagnies les plus prometteuses s'en sortiront. Ce serait un gâchis de talents. Il reste de nombreuses poches de territoire et des catégories de la population qui n'ont pas accès au théâtre. Selon l'enquête sur les pratiques culturelles de 2003, 16 % des Français s'y seraient rendus dans l'année, contre 10 % en 1981. Cela laisse encore 84 % de personnes sur le seuil...

La profusion n'effraie-t-elle pas le public ?

Les comportements ont changé. Le public s'est ouvert à d'autres formes de spectacles - la danse, les musiques actuelles, le théâtre d'objets, les arts de la rue, le cirque de création. En gros, la demande a plutôt augmenté. Reste le cas de la capitale. Un secteur public important y côtoie un secteur privé prolifique et un tiers secteur, composé de lieux de compagnies et de salles alternatives, partiellement subventionné : en tout, 156 salles répertoriées dans Pariscope. Additionner leurs chiffres relève de la gageure, tant l'information manque. Je ne certifierai donc pas la baisse supposée de la fréquentation. D'autant que le problème me semble ailleurs : dans ces pans entiers de la population qui restent à l'écart du théâtre.

On n'a vraiment pas d'éléments permettant de mesurer si la fréquentation est ou non en baisse ?

Nous avançons dans un épais brouillard statistique dû aux mauvaises méthodes de collecte des données, que j'ai proposé de réformer dans un rapport au ministre en 2005. Pour l'ensemble du spectacle vivant, on constate plutôt une légère augmentation du public, qui est presque mécanique : elle est tirée par l'expansion de l'offre en salles et en festivals, mais aussi poussée par la croissance des classes moyennes et l'élévation du niveau d'instruction. En revanche, il faut déplorer la stabilité de la structure socioprofessionnelle de l'assistance, à l'exception d'une certaine désaffection des élites économiques et du vieillissement des spectateurs les plus assidus, convertis au théâtre dans les années 1960 ou 1970. Sur le long terme, l'audience reste modeste vis-à-vis du cinéma et des musées, mais le théâtre résiste aux foudroyantes conquêtes de la culture à domicile. C'est bien qu'il doit avoir quelque chose de précieux à partager.

 

 



[1] in L’humanité 20/02/07

[2] de Marie-José Sirach

[3] In L’Humanité – 20/02/07 - Maurice Ulrich

 

[4] In L’Humanité – 20/02/07 - Marie-José Sirach

[5] In L’Humanité – 20/02/07 - Alain Nicolas

[6] In Le Monde – 20/02/07 - Clarisse Fabre

[7] In Le Monde -

[8] Source Le Monde du 16/02/2007 - N H

[9] Source Le Monde du 16/02/2007 – Nathaniel HERZBERG / Clarisse Fabre - NH

[10]  Source Télérama n° 2980 - 24 Février 2007 Emmanuelle Anizon

 

[11] Télérama n° 2980 - 24 Février 2007

 

[12] Professeur de sociologie politique à l’université Paris X

[13] 18,19/02/2007


 
[pdf] IMPRIMER LE DOSSIER  72 Kb  / 23 févr. 2007   
Navigateurs supportés Powered by          Site Extranet de l'ADF  |   Mentions légales  |   © 2003   | Contact : extranet@departement.org